ANNECY (AFP) — Deux cadres d'un hypermarché Carrefour à Sallanches (Haute-Savoie), soupçonnés de s'en être pris pendant près d'un an à un salarié du magasin, comparaissent jeudi pour harcèlement moral devant le tribunal correctionnel de Bonneville.
Ces deux cadres sont poursuivis pour avoir harcelé un chef de rayon, Stéphane Tagliavacca, 40 ans, dont la plainte déposée contre eux en juillet 2002 est à l'origine de l'enquête et du procès.
M. Tagliavacca reproche à son supérieur, Christian Rivat, un chef de secteur de 47 ans, de lui avoir adressé des critiques incessantes, espionné, suivi partout y compris "jusqu'à la porte des toilettes", supprimé des congés et appelé régulièrement chez lui pour lui demander de rendre des comptes.
Le directeur de l'hypermarché, Victor Massacrier, 46 ans, par la suite licencié en 2003, relayait ensuite les reproches de son chef de secteur en convoquant M. Tagliavacca parfois "une à deux fois par semaine", selon le plaignant.
M. Tagliavacca a pu fournir à la justice plusieurs attestations de salariés du magasin témoignant des critiques et des pressions dont il a fait l'objet.
"Trop souvent des plaintes pour harcèlement sont classées sans suite car les dossiers manquent de preuves matérielles. Lorsque les salariés sont amenés à demander des témoignages à des collègues, 95% d'entre eux refusent", a expliqué à l'AFP le président de l'association Harcèlement moral stop, Loïc Scoarnec.
Les intéressés nient les faits, M. Rivat attribuant la "tension nerveuse régnant au sein du magasin aux exigences accrues du directeur M. Massacrier, ainsi qu'à la nature des relations professionnelles dans la grande distribution", selon l'ordonnance de renvoi.
M. Tagliavacca, tombé dans un état anxieux et dépressif, à la suite de cette situation professionnelle, a été pendant 14 mois en arrêt de travail que la sécurité sociale a reconnu comme un "accident du travail provoqué par un harcèlement moral ayant entraîné des troubles psychologiques", selon l'intéressé.
M. Rivat, qui est toujours employé dans le même hypermarché, doit également répondre de harcèlement moral à l'encontre d'une autre cadre du magasin, Danielle Morand, lors de ce même procès.
Le harcèlement moral est passible d'un an d'emprisonnement.
Toujours salarié du même magasin, M. Tagliavacca est devenu délégué syndical pour se "protéger".
Interrogée par l'AFP, la direction de Carrefour avait jugé "anciens les faits évoqués, qui remontent à juillet 2002, époque où le magasin de Sallanches faisait partie d'un groupement de magasins franchisés (NDRL, la SA Hyparlo) et ne dépendait donc pas directement du siège de la société".
"Une procédure judiciaire est actuellement en cours concernant deux personnes physiques (...) et à ce stade nous ne pouvons faire aucun commentaire à leur place, n'étant pas partie prenante dans ce dossier", avait ajouté la direction, précisant qu'elle condamnait avec la plus grande fermeté ce type de pratiques.
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